À l’occasion du 50e anniversaire de la mort du sculpteur franco-roumain, l'un des sculpteurs les plus célèbres du XXe siècle, Constantin Brancusi, l’Ambassade de Roumanie à Paris et le Centre des monuments nationaux – domaine national de Saint-Cloud, le sculpteur Dan Sprinceana (concepteur et coordinateur artistique du projet), organisent en 2007 deux concours internationaux de création artistique, sculpture et art numérique « Hommage à Brancusi ». Toute une série de manifestations sera consacrée à la mémoire et à l'héritage artistique de Brancusi.

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 Ambassade de Roumanie

 Le palais Béhague,"l’un des plus beaux palais" de Paris

 

 

Chef d’oeuvre architectural de style néoclassique et néo-Louis-XIV, ce bâtiment – classé monument historique – a été acheté le 27 mars 1939 par l’Etat roumain, peu après la mort de sa dernière propriétaire. Monsieur  Gheorghe Tătărăscu, ancien Premier ministre de la Roumanie (1933-1937) et ancien Ministre des affaires étrangères (1937-1938), était alors Ministre plénipotentiaire à Paris et il fut élevé au rang d’Ambassadeur, le premier de cette lignée. Depuis, le palais a constitué la résidence des ambassadeurs de Roumanie en France.

 

La grand-mère de Martine de Béhague (Victoire-Félicie Baillot) avait acheté, en 1863, le terrain où se trouve aujourd'hui l'ambassade. Elle demanda à Gabriel Hippolyte Alexandre Destailleur (1822-1893), restaurateur de Courances et de Vaux-le-Vicomte, d'y édifier un hôtel de style Louis XV afin de correspondre aux collections du XVIIIème siècle qu'il devait abriter. L'architecte possédait une renommée internationale, il fut lié à la famille impériale et travailla en particulier pour les Rothschild de Vienne, Destailleur possédait une impressionnante collection de dessins d'architecture et d’ornements. Cette connaissance aiguë lui permettait de s'inspirer pour ses œuvres des décors anciens. Il avait aussi coutume de réemployer d'anciennes boiseries et éléments de décor mis sur le marché au moment des reconstructions d’Haussmann.

 

Le bâtiment, appelé Grand Hôtel, qu'il construisit était destiné à l'usage de Victoire - Félicie de Béhague et à celui de son fils. Il fut réalisé en 1866-1867 et était justement remarquable par l'emploi de lambris anciens. Ce bâtiment était construit parallèlement à l'avenue (no. 24) à laquelle il était relié par un vestibule vitré.

 

Un Petit Hôtel dévolu à Octave de Béhague, fut ensuite rapidement construit. Plusieurs boiseries de sa collection y furent remontées en 1868.Dès 1893, Martine de Béhague  fit effectuer des remaniements par Walter-André Destailleur (1867-1940), fils du précédent architecte.

 

Le Grand Hôtel fut démoli ainsi que les communs du petit qui occupaient une partie de la place du bâtiment actuel. Certains éléments furent en revanche intégrés au nouvel édifice comme l'escalier de bois voisin et la précieuse Bibliothèque Ovale. Pour ces deux ensembles, d'anciennes boiseries furent réutilisées. Le grand escalier de bois harmonise différentes rampes du XVIIIème siècle du nord de l'Europe. Il menait aux appartements de la comtesse qui avait aussi aménagé un ascenseur.

 

Après avoir franchi le seuil de la première et de la seconde salle du bas, un somptueux escalier élevé en 1895, tapissé de marbre polychrome est orné d’une rambarde de fer forgé rehaussée de bronze et d’une corniche sculptée, inspirée de l’escalier de la Reine, à Versailles.

 

Cette rampe conduit aux pièces de réception du premier étage. On peut y admirer le bas relief, « le temps emportant l’amour » œuvre de 1898, du sculpteur Jean Dampt, entourée de deux portes à magnifiques vantaux sculptés d’origine royale, une formule couramment utilisée au XIXème siècle.

Le Salon Bleu, permettant d'accéder à la Bibliothèque Ovale aux portes à double battant et à la magnifique serrure du XVIIIème siècle ornée de dragons, comporte encore l'une des deux tapisseries flamandes du XVIIIème siècle, elle aussi, représentant des lavandières. Au centre du Salon se trouve un marbre de « La confiance en Dieu » (1835) d'après Lorenzo Bartolini.

 

La bibliothèque était un écrin pour la collection de livres précieux et rares d'Octave de Béhague. La pièce est restée intacte, avec ses superbes panneaux de bois précieux et ses portes délicatement sculptées. Le plafond peint représente l’amie des muses, Aurore, qui mène un char attelé et éloigne les nuages de la nuit. Ce sujet se rencontre fréquemment dans la peinture de plafond baroque. Dans la bibliothèque aménagée par son père, Octave, la comtesse Martine de Béhague réunit des livres de luxes et des reliures anciennes confiée à des bibliothécaires de qualité dont le célèbre Paul Valéry.

 

Pièce exotique dans l’ensemble architectural du palais, un salon japonais nous rappelle le style oriental. Les panneaux coulissants, l'arrangement floral servaient de décor à la cérémonie du thé, une tradition japonaise vieille de plusieurs siècles.

 

La salle de bal néo-rocaille, appelée aussi Salon d’Or, qui servait de bureau et de salon de réception à Martine, fut aménagée en 1897. Elle est particulièrement remarquable par son style néo-rocaille aux couleurs vert et or. De plus elle est ornée d’authentiques lambris sculptés du XVIIIème siècle. Les ornements sont l’œuvre de Florian Kulikowski, alors que les hauts de porte sont peints dans le style de Brueghel. Cette salle de bal a vu défiler des sommités littéraires et artistiques : Marcel Proust, Maurice Paléologue, Gabriele d’Annunzio, Ida Rubinstein etc. Lors des moments artistiques organisés par l’Ambassade, la résidence revit au rythme des concerts, des chants et des représentations théâtrales des temps d’antan.

 

La salle à manger fut réalisée vers 1904 dans le style rocaille comme en témoigne son décor. Cette pièce est ornée de magnifiques marbres polychromes dans le goût versaillais, tout comme le plâtre surmontant la fontaine qui reprend le motif du « Bain des Nymphes » de Girardon. Le plafond est peint en trompe l'œil. La « Fontaine de Neptune » à double vasque représente un élément typique du XVIIIème siècle et de son goût pour le thème de 1'univers aquatique trouve son écho dans toute la pièce et en particulier dans le tableau qui lui fait face. Il s’agit d'un fameux Boucher (1703 – 1770) de jeunesse, « La Re - Naissance de Vénus », qui fit l'objet d'une étude en 1994. Il fut acheté aux environs de 1902-1904,  aux descendants de madame Tussaud qui l'avait acquis vers 1848 et exposé dans son musée de cires. L'historien d’art Alastair Laing suppose que cette œuvre fut exécutée vers 1731. 

 

Le petit salon octogonal qui, lui est contigu, fut réalisé vers 1903. Quatre charmantes scènes de chasse de la fin du XVIIIème siècle, sont remployées. Ici aussi, un habile travail de raccordement des boiseries permit d'harmoniser l'ensemble. Ce salon conduit à la salle de théâtre et à la salle à manger.

 

 

 

 

En 1897-1898, une grande salle de concert et de théâtre, privée, rebaptisée Salle Byzantine, devint réalisable avec la possibilité d'achat d'un terrain contigu donnant sur la rue Saint Dominique. Ce fut Gustave – Adolphe Gerhardt (1843 – 1921) qui réalisa cette salle. Gerhardt, grand Prix de Rome d’architecture, auteur de nombreux hôtels particuliers et restaurateur du Collège de France, reprit, suivant vraisemblablement les désirs de la comtesse elle-même, le plan basilical antique et la disposition des églises byzantines. Le théâtre était aussi musée : différents témoignages indiquent, par exemple, que des instruments de musique et des peintures y étaient exposés. En 1900, « Le Monde Musical » annonçait que la salle pouvait accueillir 600 visiteurs et qu’elle possédait un grand orgue. Cet orgue existe encore partiellement et constitue l'un des rares exemples d'orgue profane parisien, encore existant, du début du siècle.

 

La Salle Byzantine fut le lieu d'événements majeurs pour l'histoire du théâtre : le metteur en scène Adolphe Appia y effectua sa première représentation en 1903 et le fameux couturier Mariano Fortuny, surnommé par Proust – « le fils génial de Venise » – y inaugura un système de coupole de toile repliable donnant au spectateur l'illusion de la profondeur. Celle de l'hôtel, toujours en place derrière l'arc scénique, porté par quatre colonnes de porphyre, possède une hauteur de 15 mètres. Un tel appareil fut installé, en 1922, à la Scala de Milan. Le système d'éclairage électrique était lui aussi absolument novateur. De nombreuses autres représentations y eurent lieu. Martine de Béhague pouvait assister aux représentations depuis la Salle du Chevalier. Ce studio mêlant un art nouveau mesuré et l'inspiration médiévale donnait au moyen d'une grande baie sur la salle de théâtre.

 

Pour en savoir plus

 

 

2007 - Brancusi, hommage & héritage